La loi est dure mais c’est la loi ! (« Dura Lex Sed Lex ») par Serge H. Moise

 

  
Depuis le séisme de janvier deux mille dix, des voix s’élèvent pour parler de refondation et de reconstruction du pays. Force est de constater qu’il y a eu plus de palabres que d’actions concrètes et positives.
       En effet, nous parlons beaucoup d’éducation, de tourisme, nous clamons haut et fort que le pays est « open for business », la diaspora est invitée à s’y impliquer et nous semblons développer une confiance aveugle quant à la capacité de la communauté internationale à nous dicter ce qui est mieux pour ce faire.
        Le poids de notre mentalité plutôt sectaire se fait de plus en plus sentir et nous empêche d’amorcer cette concertation franche, ouverte et constructive qui nous permettrait de mieux appréhender nos véritables problèmes, d’identifier leurs causes lointaines et immédiates afin d’en arriver petit à petit à des solutions relativement simples,  pratiques et durables.
        Depuis deux siècles, nous avons construit une société, somme toute, «  à notre image et à notre ressemblance ». Qu’on nous rende fol ou sage, c’est la triste et stricte vérité. Refuser de l’admettre nous condamne à nous perpétuer comme société selon le même modèle, nos tares individuelles et sociales devenant la règle jusqu’à la faillite nationale qui nous guette depuis belle lurette.
        Tergiverser, pontifier, pérorer, comme nous le faisons depuis trop longtemps déjà, ne nous conduira que plus loin au fond de l’abîme.
        Il n’y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir dit le vieil adage. Nous l’avons signalé plus d’une fois et sans prétendre faire la leçon à qui que ce soit, aucune société ne peut aspirer à la stabilité, encore moins au développement et au progrès en dehors d’un cadre juridique efficace et efficient.
        En tant qu’animaux, dits raisonnables, pour mener une vie belle et agréable nous devons inévitablement  nous soumettre à un certain nombre de lois. Celles de la nature en premier lieu, celles de la bienséance également, la morale, l’éthique, la déontologie mais surtout les lois judiciaires. Constitution, lois ordinaires, décrets-lois et décrets sans omettre les arrêtés et autres mesures de régulation indispensables au bond fonctionnement du corps social tout entier.
        Après toutes les dérives vécues péniblement, et ce, bien avant le tremblement de terre, nous nous attendions à un tollé, une levée de boucliers dans tous les secteurs de la société réclamant à cor et à cri, d’une part la création d’emplois sur tout le territoire national, une réforme en profondeur de notre système judiciaire d’autre part, pour que la santé et l’éducation, la culture en général puissent contribuer valablement à refaire l’image du pays, enfin, sur la voie du développement durable, de la prospérité et de la souveraineté nationale.
        Ce n’était qu’un rêve, un très beau rêve, du genre que devrait cultiver l’ensemble de nos concitoyens quels que soient leur âge, leurs appartenances sociales ou leurs lieux de résidence.
        Ce rêve doit pourtant se transformer en réalité à un moment ou à un autre de la durée, autrement le déclin risque de perdurer encore, encore et encore.
        Tous les actes d’un gouvernement responsable passent par des lois votées en bonne et due forme par le parlement, lequel, se doit lui-aussi d’être à la hauteur de sa mission qui est celle de légiférer sur tous les objets d’intérêt public et de contrôler les actes du pouvoir exécutif, ce pourquoi, les trois paliers de l’Etat, l’exécutif, le judiciaire et le législatif  doivent être des corps indépendants afin de mieux travailler au bénéfice de la population toutes strates sociales confondues.
        L’Amicale des Juristes qui se passe de présentation, la Fédération des Barreaux d’Haïti, la Société Civile dans toutes ses composantes, incluant la diaspora évidemment,  font face à un grand défi du siècle,  celui de retrousser leurs manches, écartant les intérêts mesquins individuels ou de groupe, d’évaluer l’ampleur de cette situation de déconfiture et de dégringolade à vive allure de notre société afin de renverser la vapeur avant qu’il ne soit trop tard.
        Une Commission Nationale d’Ethique Judiciaire (CNEJ) ou toute autre institution du genre ayant pour objectif  la refonte de nos codes désuets et obsolètes, la revalorisation des interventions dans le domaine de la justice et du droit, la culture du respect de la loi et l’ordre demeurent des impératifs auxquels il faut s’attaquer dans l’immédiat si nous voulons convaincre que nous sommes sérieux quand nous parlons de changement et de «  procès de rupture ».
       Toute réforme en profondeur et porteuse de progrès social doit passer par la concertation et l’élaboration de lois dans l’intérêt de l’ensemble de la population, sans exclusive ni réserve.
        La loi étant l’expression du vivre ensemble, nous apprendrons à la respecter puisqu’elle traduira notre volonté collective Ainsi la formule : Dura lex sed lex – la loi est dure mais c’est la loi – perdra un peu de son mordant, puisque grâce et à partir d’elle, nous goûterons enfin aux délices des rapports harmonieux entre individus d’une même famille, la famille haïtienne unique en son genre,  mais indubitablement «  la nôtre »!
                              


  Me Serge H. Moïse av.

        Barreau de P-au-P 

                              

 

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