“A 50 ans enceinte de mon amant, j’ai prétexté une fausse couche…”

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Je me suis frotté les yeux, je devais être mal réveillée. Mais non : le test de grossesse affichait très nettement deux petites barres roses. « C’est pas possible, ce doit être un faux positif ! », me dis-je en tombant à la renverse. Une seule solution : faire un autre test. J’ai passé un manteau sur ma nuisette, et suis descendue à la pharmacie. Flûte, pas encore ouverte. En attendant, j’essaie de reprendre mes esprits. Voyons voir, je n’avais pas eu mes règles depuis quand déjà ? Deux mois ? Trois ? C’était avant ou juste après ce merveilleux week-end passé à l’ouest du pays avec Richard?

Richard, c’est mon amant. Des histoires avec d’autres hommes, j’en ai eu quelques-unes avant lui. Mais là, c’est autre chose. Je prends des risques pour lui. Je mens à Jeannot, mon mari, à qui je raconte que j’ai des séminaires en série. Je mens à mon assistante, qui me couvre sans le savoir. Patronne d’une unité dans un grand labo pharmaceutique, je m’invente des rendez-vous en ville plusieurs fois par semaine, et je rejoins Richard dans un appartement que nous avons loué pour la circonstance. Directeur de sa propre agence d’événements, il dispose de son temps comme il veut et, à 53 ans, il a envie de prendre un peu de recul. Marié et père de trois grands garçons, il dit ne jamais avoir trompé sa femme avant moi. J’ai du mal à le croire mais, dans le fond, je m’en fous. Lui et moi, dès qu’on s’est vus, on a compris qu’il se passait quelque chose. C’était à Casa, dans le cadre d’un congrès professionnel qu’il organisait et auquel j’assistais. Une de mes collègues nous a présentés, et on ne s’est plus quittés jusqu’à la fin du congrès, nuits comprises…

« Bonjour, madame T., vous m’attendiez ? » La pharmacienne me sort de ma rêverie. Quand je lui demande un test de grossesse, elle me dit, avec un clin d’œil : « Alors, on va peut-être devenir grand-mère ? » Paniquée par ma bévue – comment avais-je pu venir chercher ça dans la pharmacie où nous prenions habituellement nos médicaments? Pour le test précédent, j’avais au moins eu la présence d’esprit de l’acheter à l’autre bout de de la ville -, je bredouille : « Euh, non, c’est pour l’étudiante qui vit chez nous », et je pars sans demander mon reste.

En faisant pipi sur le nouveau bâtonnet, je tremble, littéralement. Et, paf, deux petites barres roses. « Bon. respire et réfléchis », me dis-je. Sous la douche, j’échafaude une explication scientifiquement absurde, mais qui me rassure : je vais avoir 50 ans dans trois semaines, je dois être en pré ménopause, d’où des troubles hormonaux qui déclenchent la réaction des tests de grossesse… mais oui, bien sûr, ça ne peut être que ça ! Tout en cherchant à m’en convaincre, j’appelle mon gynéco : « Bonjour, madame T., qu’est-ce qui vous arrive ? Pardon ? Deux tests positifs ? Passez tout de suite, je vous prends entre deux patientes.

Dans la salle d’attente, une femme enceinte jusqu’aux yeux me sourit. Elle est fraîche, jolie. Et jeune. Une vision m’assaille : moi, enceinte et ridée ! Non, mais imaginez un peu : au moment où je commence à penser aux injections de Botox, je consulte pour une grossesse. Au secours ! Quand le médecin m’appelle, j’ai envie de fuir. « Alors, que se passe-t-il ? », demande-t-il. Je l’interroge : « La pré ménopause peut-elle dérégler les tests de grossesse ? » Il rit de bon cœur et s’exclame : « Alors, ça, ce serait une grande première ! » En parcourant mon dossier sur son ordinateur, il me rappelle que, à ma dernière visite, il m’avait questionnée sur mon moyen de contraception.

Elégant, il ne précise pas que je lui avais ri au nez… Puis, en m’auscultant, il me demande d’un air soucieux si mes seins ont gonflé. « Je ne sais pas trop », dis-je, alors que Richard me l’a fait remarquer cette semaine. « Bon, nous allons en avoir le cœur net », lance-t-il en me tartinant le ventre de gel pour une échographie. Je me souviendrai toujours de sa phrase, tombée comme une pierre :« Vous êtes bel et bien enceinte et, à votre âge, il ne serait pas raisonnable de poursuivre cette grossesse. » Je n’aurais pas été plus assommée si une pierre m’était tombée sur la tête. Pourquoi fallait-il que ça m’arrive à moi, et pas à une femme qui fait l’amour avec son mari ?

Ah oui, je ne vous ai pas dit mais, avec Jeannot, on fait chambre à part depuis la naissance de nos jumeaux, qui ont… 21 ans. Mon accouchement a été un cauchemar. Jeannot n’aurait pas dû voir ça, et moi j’ai tellement souffert que je n’ai pas voulu qu’il me touche pendant des semaines, puis des mois, qui se sont transformés en années. Bizarrement, on a élevé nos enfants ensemble, comme un couple normal. On a rarement parlé de notre absence de sexualité, et nous ne sommes pas un couple « libre », dans le sens où nous ne nous le sommes jamais autorisé explicitement, et que nous n’avons jamais évoqué nos histoires de sexe.

En a-t-il eues ? Je ne veux pas le savoir. De mon côté, je l’ai toujours préservé. Mon désir est revenu quand les enfants sont entrés à l’école. Mais ce n’est pas avec Jeannot que j’ai eu envie de refaire l’amour. J’ai commencé par avoir un amant au bureau, puis un autre… Et, finalement, je n’ai jamais vraiment arrêté d’avoir des liaisons. J’ai trouvé l’équilibre comme ça, entre le mari que j’aime comme un frère, et des amants sans histoires.

Depuis que j’ai rencontré Richard, il y a presque un an, je suis carrément au sommet de mon amour. « Réfléchissez deux ou trois jours, mais il faut songer à une IVG. Dans votre cas, c’est quasiment thérapeutique », me dit le gynéco. « Dès que vous aurez pris la décision, je vous indiquerai la marche à suivre », conclut-il. J’acquiesce, et je quitte son cabinet, les yeux rouges et bouffis. Dans la voiture, je me reprends. Je vais assumer, n’en parler à personne (trop peur du ridicule !) et faire comme si rien ne s’était passé.

Quand je revois Richard, je passe sous silence cet incident de parcours. On fait l’amour comme des dingues. Au bureau, j’assure comme une bête, comme si j’étais galvanisée. Deux jours plus tard, je retourne voir le gynécologue, qui me dit que, à presque deux mois, il faut procéder à une IVG chirurgicale. En sortant, j’appelle l’hôpital pour prendre rendez-vous. La secrétaire étonnée quand je lui donne ma date de naissance. « 1964 ? Vous êtes sûre ? » Furax, je lui réponds: « Ben, vous croyez que ça m’amuse d’être enceinte à mon âge ? »

Le soir, on fête les 50 ans de ma belle-soeur. On dîne, on boit, on danse jusque tard dans la nuit. Au matin, une douleur lancinante dans le bas-ventre me réveille. Je me lève et constate que je perds beaucoup de sang. J’appelle mon médecin, qui diagnostique une fausse couche. « C’est la meilleure chose qui puisse vous arriver », dit-il. « Si les saignements sont trop importants, allez aux urgences et, sinon, revenez me voir. »

Quelques mois ont passé. Je suis partie en vacances dans ma famille, sans voir Richard pendant un mois. J’ai fini par lui avouer que j’étais tombée enceinte de lui et que j’avais fait une fausse couche. Cela n’a fait que renforcer notre relation. Jeannot, lui, n’a jamais rien su. La vie a repris son cours. Et je suis heureuse comme ça.

Mme T.

 

 

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