Centenaire du génial guitariste Haïtien Frantz Casséus (1915-2015) : Hommage de Marc Mathelier

 

Par Marc Mathelier*

 

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La passion de Frantz pour la musique se manifesta dès sa tendre enfance. Il naquit à Port au Prince le 15 décembre 1915 et manufactura sa première guitare de fortune à l’âge de douze ans, inspiré par la mandoline de sa tante Andrée, juchée sur un tas d’ordures après la mort prématurée de celle-ci à l’âge de quinze ans.  

Son influence musicale ne se limitait pas à cet événement triste. Son grand père, amant de la musique classique, jouait du saxophone. Frantz étudia la guitare pendant plusieurs années. Il débuta seul initialement, puis un citoyen allemand qui fréquentait régulièrement son quartier, le compositeur et musicologue Werner Jaegerhuber, lui offrit quelques partitions de musique classique. A 22 ans, Frantz  fréquentait déjà l’exclusif Cercle Port-au-Princien et  était aussi très sollicité par les stations de radio de l’époque.  

 Il eut le courage et la détermination de se familiariser avec la totalité des concepts musicaux haïtiens que dégradait systématiquement l’occupation américaine et se chargea aussi de la mission de les préserver.

 

Frantz Casséus en 1964

 

Frantz publia une chronique en 1944 dans Haïti Journal où il affirma son émotion et sa position face à la dévaluation de notre culture. Il s’enfonça dans ses projets et créations, renforcé par certaines suggestions qui insinuèrent en lui la détermination d’exécuter et de transcrire le vaste répertoire de la musique de chez nous. Alors il s’arma de toute sa sensibilité et de la connaissance de son outillage pour investir de nouvelles propriétés musicales et choisit de puiser dans l’héritage folklorique d’Haïti  afin de divulguer l’âme de ce pays, au lieu de concevoir uniquement sur le prototype de terres étrangères. Dans sa  Suite Haïtienne, il accommode différents airs  traditionnels, folkloriques et vaudouesques transcrits pour guitare. Les rythmes ordinairement exécutés par les percussions sont métamorphosés en certaines notes piquantes.

 

Les cadences fantastiques du tambour, authentiques substances et cris du cœur de la paysannerie haïtienne, sont tenues en évidence dans un entourage inédit, celui d’une mélodie habile. Désormais, cette  Suite Haïtienne  timbre d’une création rebelle, se mêle aux études de Francisco Tárrega, Ferdinando Carulli  ou Heitor Villa-Lobos.

A part de l’entourage fondamental et méthodique de la musique classique, Frantz Casseus a été un protagoniste dans l’enchaînement plus coutumier du folklore d’Haiti en traitant et composant l’air  Mési Bon Dié que Harry Belafonte rendit populaire. Frantz fit pendant deux ans partie de l’orchestre qui accompagnait Bellafonte. En France, en 1958, une version francophone de ce morceau eut beaucoup de succès.

Sa collaboration avec les chanteuses Lolita Cuevas et Barbara Perlow  donna lieu à des enregistrements sublimes qui confirmèrent son  mécontentement du mépris de notre culture traditionnelle qu’affichaient arrogamment les occupants. Avec elles, il grava sur disque plusieurs de ses propres compositions dont  Nan Fon Boi, Atibon, Congo, Simbi, Danse Des Hounsies, Assoto, Nan Guinin, Mascaron, Yanvaloux, Ce Gran Matin, Fi Nan Boi. L’intégral étant parfaitement agréable conserve et somnole sur un aspect guitaristique simple de texture notablement combine avec les voix formidables de Cuevas et Perlow.

          

Guitariste mondialement apprécié, Frantz Casséus fit les délices des mélomanes  partout où il performait. Frantz Casséus exista toute sa vie de et pour sa musique.

Il fut aussi un luthier. Il produisit  près de 200 guitares,  pour parfaire ses revenus. Épris par cet instrument, il l’attribua une implication essentielle et envisagea de l’émanciper avec un caractère sans limite, possible a toutes  interprétations. Malgré tout, il pensa que son travail resta inachevé car il a toujours rêvé que ses œuvres soient transcrites pour orchestre. A cause d’une vie professionnelle active, il n’eut pas le temps d’entamer cet aspect de ses projets.

 

Aujourd’hui son œuvre est étudié dans plusieurs conservatoires de musique à travers le monde, notamment au Mexique, au Canada,  en Italie,  en Espagne et aux Etats-Unis.

Marc Ribot

Plus prés de nous, quelques musiciens continuent à interpréter les œuvres de Frantz, parmi lesquels : le guitariste Haïtien Amos Coulanges, résident en France,l’américain Marc Ribot qui était son élève et moi Marc Mathelier disciple et biographe de M. Casseus.

Pour ne pas oublier le génie qu’il fut, je crois que l’un de nos futurs conservatoires devrait porter son nom. Son amitié et sa coopération avec Andres Segovilla, Olga Cuelle, Viente Gomez, Harry Belafonte et Ray de la Torre furent des moments glorieux pour Frantz Casséus aussi bien que pour notre musique.

 

A la lumière de l’évolution, une société qui détruit ses héros se foudroie elle-même. Sans organisations systématiques, leurs accomplissements disparaîtront avec le temps. La survie du caractère anthropologique de notre destinée sera déterminée par l’initiative et l’importance de nos priorités présentes et futures.

Bien qu’il fût surnomme le Villa-Lobos d’Haiti, Frantz Casseus resta le virtuose contemporain de la guitare classique haïtienne par la tension évocatrice de ses œuvres et de son éthique professionnelle. Son intimité avec son instrument fut la preuve de son désir et sa dévotion à l’art en général.

Il  mourut le 3 juin 1993, âgé de soixante-dix-sept ans à New-York, sans laisser de progéniture.

Mési Bon Dié pou Frantz Casseus.

 

 

 

Marc Mathelier

*Marc Mathelier est un guitariste accompli qui a déjà présenté plus de trois cents concerts. En 1995 il publia Essai Bibliographique Sur La Vie De Frantz Casseus.

Pour plus d’informations, visitez : marcmathelier.com

 

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