Après le Brexit, l’économie mondiale dans l’incertitude

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Agence France-Presse
PARIS

Les Britanniques ont tranché : ils quitteront l’Union européenne, un désaveu cinglant pour la construction européenne qui a plongé les marchés mondiaux dans la tourmente et coûté son poste au premier ministre conservateur David Cameron.

Selon les résultats définitifs, 51,9 % des électeurs ont voté pour le Brexit lors du référendum organisé jeudi, marqué par une forte participation (72,2 %).

Ralentissement de la croissance, retour du protectionnisme, remise en cause des accords de libre-échange ou encore doutes sur la stabilité européenne : l’économie mondiale, toujours fragile après la crise de 2008, plonge dans une profonde période d’incertitude après le Brexit.

«Nous sommes en train d’entrer dans un territoire complètement inconnu où la seule certitude est l’incertitude», a affirmé Jean-Michel Six, chef économiste pour l’Europe de l’agence de notation SP Global Ratings, après la décision britannique de sortir de l’Union européenne.

Avant le référendum historique de jeudi, des institutions comme le FMI avaient prévenu des dangers d’un Brexit pour l’économie mondiale. L’OCDE avait également alerté sur «les incidences pour tous» ses membres, «en particulier en Europe».

La patronne du FMI Christine Lagarde avait aussi mis en garde contre les effets aux États-Unis, première économie mondiale. «Cela aurait un certain impact. De quelle ampleur ? Cela reste à débattre», a affirmé Mme Lagarde mercredi, mentionnant «une appréciation probablement inévitable du dollar».

Maintenant qu’il est confirmé,le Brexit pourrait se traduire par un effet domino qui finirait par atteindre une économie mondiale fragilisée. Déjà bien poussive, la croissance européenne pourrait être fragilisée et ne pourrait prendre le relais attendu des économies émergentes qui ont soutenu l’économie mondiale depuis la crise de 2008 avant de s’effondrer ces dernières années avec la chute des prix des matières premières.

Le Mexique a annoncé vendredi une réduction de ses dépenses budgétaires de 1,680 milliard de dollars pour faire face au Brexit.

Face aux fortes turbulences sur les marchés financiers, les ministres des Finances et présidents des banques centrales du G7 sont d’ailleurs montés au front pour mettre en garde contre les possibles «effets néfastes» sur la stabilité économique des mouvements de change «excessifs» dans la foulée de l’annonce de la victoire du «non» britannique à l’Union européenne.

La croissance est «compromise»

«La sortie de crise et le retour durable à la croissance semblent désormais compromis après une telle succession d’évènements sur les marchés financiers», regrette Christopher Dembik, économiste de la banque danoise Saxo Bank.

Après le résultat britannique, l’Europe est devenue un risque. «Avant le Brexit, l’UE était vue comme un pôle de stabilité dans le système international», a expliqué à l’AFP Thomas Gomart, directeur du centre de recherche français IFRI.

«Mais avec la crise grecque, la crise migratoire, le Brexit et la montée des populismes, l’Europe est en train de passer d’un statut de contributeur à la stabilité internationale à alimenter l’instabilité internationale», a expliqué l’auteur d’une récente étude sur «le retour du risque géopolitique».

«C’est le pire scénario qui est en train de se réaliser», a admis Ludovic Subran chef économiste de l’assureur-crédit Euler Hermes, même s’il est convaincu qu’il «ne s’agit pas de l’apocalypse».

Cette fragilisation de l’UE a des répercussions immédiates sur la scène internationale. «Cela va remettre en question l’Europe en bloc, notamment lors des négociations du traité de libre-échange avec les États-Unis (TTIP) et aussi sur la voix que les Européens peuvent porter au G7», a reconnu M. Subran.

Une situation qui pourrait «encourager des pays comme la Chine à chercher à établir directement des relations bilatérales avec les pays européens», plutôt que de négocier avec Bruxelles, constate M. Gomart.

Selon le directeur de l’IFRI, c’est le concept même de mondialisation qui est remis en cause aujourd’hui.

«On voyait la mondialisation comme une convergence inexorable des modèles. En réalité, on est plutôt maintenant dans une divergence des modèles, avec probablement des retours de formes de protectionnisme», a-t-il souligné. Il y aura «probablement des retours de formes de protectionnisme», a-t-il prévenu.

Et l’affaiblissement du «commerce mondial a déjà pesé sur la croissance mondiale ces dernières années», a estimé vendredi Larry Summers, l’ancien secrétaire d’État américain au Trésor.

Sur les marchés, il y a urgence. Le gestionnaire d’actifs Candriam n’écarte pas une «récession européenne» si les «gouvernements européens ne parviennent pas à trouver un accord avec les Britanniques dans les prochains mois et pour maintenir l’activité», a-t-il prévenu dans une note.

«Nous attendons du reste de l’UE qu’elle s’engage à rendre l’Europe plus efficace. Mais vu les expériences précédentes (…), nous doutons que cela ait beaucoup de crédibilité sur les marchés», a prévenu la banque américaine Goldman Sachs.

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