Après avoir filmé la mort d’Eric Garner, il se dit harcelé par la police

 

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Ramsey Orta a été arrêté à de nombreuses reprises depuis sa vidéo virale et s’apprête à passer quatre ans en prison.

«Presque tous mes rêves sont en bordel. Je ne me rappelle pas la dernière fois que j’ai eu un beau rêve», explique Ramsey Orta, au journaliste du Huffington Post. Le jeuneactiviste anti-police de 24 ans ne dort presque plus. Interviewé à Las Vegas, où il a obtenu le droit de résider auprès de son épouse jusqu’à son incarcération en octobre, il se dit plus serein. Car à New York, sa ville d’origine, il est devenu presque paranoïaque, toujours sur le qui vive, à regarder par la fenêtre pour voir si quelqu’un l’observe.

«Quand je suis dehors, merde, tout le monde me regarde, et je suis sûr que tout le monde sait qui je suis. J’ai droit à des regards partout où je vais, surtout dans le train», raconte-t-il.

Orta se sent observé voire harcelé depuis qu’il a filmé la mort d’Eric Garner, le 17 juillet 2014, sur un trottoir de State Island. Ce jour-là, l’homme de 44 ans, refuse d’être arrêté par la police venue l’interpeller pour vente illégale de cigarettes. Pour l’obliger à se mettre au sol, Daniel Pantaleo, officier de police, lui fait une clé d’étranglement, pourtant interdite. Asmathique, Garner se plaint à plusieurs reprises de ne «pas pouvoir respirer»avant de perdre connaissance. À l’hôpital, il est déclaré mort «par étranglement».

La vidéo fait le tour des médias du pays et soulève l’ire des populations. La phrase «I can’t breathe» (je ne peux plus respirer), prononcée par Garner, devient un slogan scandé par le mouvement Black Lives Matter. Mais, elle a aussi changé la vie de Ramsey Orta.

Nombreuses arrestations

Depuis qu’il a sorti son téléphone pour filmer la scène, le jeune homme a fait l’objet d’arrestations à de nombreuses reprises. Pour lui, c’est bien la preuve que la police de New York (NYPD) veut sa peau. En août 2014, quelques semaines après la vidéo, il est arrêtépour port illégal d’arme. D’après le NYPD, Orta aurait tenté de cacher un pistolet dans la ceinture d’une jeune fille de 17 ans. «Faux», déclare le jeune homme, qui plaide n’avoir jamais possédé d’arme à feu. Il est ensuite arrêté une première fois chez lui en février 2015 pour avoir vendu de la drogue à des policiers sous couverture, puis à de nombreuses reprises la même année. Suite à cela, il passe sept jours en prison avant que les charges contre lui ne soient abandonnées.

Orta a porté plainte à de nombreuses reprises: en 2015, il accuse ses matons d’avoir empoisonné sa nourriture (dix-neuf autres détenus feront de même de leur côté). À l’été 2016, il poursuit en justice la ville de New York pour arrestations abusives et demande dix millions de dollars (près de 9 millions d’euros) en réparation. Finalement, il signe un accord avec la justice concernant le port d’arme et la première arrestation pour vente de stupéfiants, accord qui va le conduire en prison d’ici le mois d’octobre.

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Ramsey Orta n’est pas non plus un saint. Il a été arrêté à de nombreuses reprises au fil des années pour des faits de violence, de cambriolage et même de «mise en danger du bien-être d’un enfant» après avoir entretenu à 18 ans des relations sexuelles avec une enfant de 12 ans. Ses accusations envers la police de New York restent difficile à vérifier. 

Cela n’empêche pas l’activiste et ami Josmar Trujillo d’être intimement persuadé que les arrestations à répétition d’Orta ne sont pas le fruit du hasard:

«Il faut être naïf pour penser que Ramsey ne serait pas ciblé par un département de police qui s’est retourné contre les dénonciateurs qui se sont élevés dans ses propres rangs. Pensez à Franck Serpico et Adrian Schoolcraft [deux officiers de police ayant subi des représailles après avoir dénoncer la corruption du NYPD]. Est-ce que quelqu’un croit sérieusement que la mafia qu’est le NYPD n’irait pas après quelqu’un comme Ramsey? Sa vidéo a aidé à mettre en berne la légitimité des policiers et du système de justice. Il est une cible. Le mouvement devrait se rallier à lui.»

Lettre ouverte

Le harcèlement par la police commence à être pointé du doigt par d’autres. Au début du mois d’août 2016, le réalisateur David Sutcliffe publie une lettre ouverte, soutenue par des dizaines de documentaristes dont la réalisatrice oscarisée Laura Poitras (Citizenfour), demandant à la justice d’enquêter sur le harcèlement et le ciblage que subissent ceux qui filment les violences policière. Sutcliffe note un détail plutôt marquant: ceux qui ont filmé ou mis en ligne ces scènes ont automatiquement affaire à la police quelques jours après.

Chris LeDay, qui a mis en ligne la vidéo de la mort d’Alton Sterling, est arrêté 24 heures après par une dizaine de policiers et de militaires pour des charges diverses et troubles – de violence à amende non payée–, avant de sortir après vingt-six heures de garde à vue. Même chose pour Diamond Reynolds, qui a filmé en direct sur Facebook, la mort de son fiancé Philando Castile en juillet 2016. La jeune femme et sa fille de 4 ans ont été détenues pendant des heures, séparées l’une de l’autre.

Les suites de l’affaire Garner sont encore en cours. Quant à Ramsey Orta, il se prépare à rentrer en prison pour quatre ans. Au Huffington Post, il déclare qu’il restera un activiste à vie, et enseignera aux gens comment se comporter avec  la police et surtout, comment la filmer.

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