«Les appels à la destitution de Trump résonnent plus fort»

« Le renvoi [du directeur du FBI] James Comey... (Photo Al Drago, The New York Times)

En limogeant le directeur du FBI James Comey, Donald Trump a peut-être rapproché l’historien Allan Lichtman du jour où il pourra répéter à un monde interloqué : « Je vous l’avais bien dit ! »

« Le renvoi de James Comey rend la destitution du président Trump beaucoup plus probable, car il démontre qu’il a quelque chose à cacher dans l’enquête russe. C’est le limogeage du procureur spécial Archibald Cox par Richard Nixon qui avait retourné l’opinion publique contre lui et mis en branle la procédure de destitution à la Chambre des représentants des États-Unis. Déjà, les appels à la destitution du président Trump résonnent plus fort », a confié le professeur émérite de l’American University à La Presse.

En septembre dernier, Allan Lichtman a retenu l’attention en prédisant, contre toute attente, la victoire de Donald Trump contre Hillary Clinton grâce à ses « 12 clés de la Maison-Blanche », un modèle de prédiction infaillible depuis l’élection présidentielle de 1984.

Au même moment, Allan Lichtman y allait d’une autre prophétie audacieuse : advenant son élection, Donald Trump ferait l’objet d’une procédure de destitution, sujet d’un livre intitulé The Case for Impeachment, que l’historien a fait paraître le mois dernier.

« Quand j’ai fait cette deuxième prédiction, je ne pensais pas encore à écrire un livre, mais plutôt à ce que je savais de l’histoire de Donald Trump et de sa campagne. »

Le Donald Trump qu’Allan Lichtman connaissait n’avait aucune expérience politique, mais une réputation bien ancrée de s’enrichir aux dépens des autres. Il était enclin au mensonge, ayant notamment contribué à propager la thèse bidon des « birthers » selon laquelle Barack Obama était un président illégitime en raison de sa naissance à l’extérieur des États-Unis.

Il était prédisposé à enfreindre les lois, l’ayant notamment démontré en violant la Loi sur le logement équitable dans les années 70 et l’embargo commercial contre Cuba dans les années 90, sans compter les entreprises frauduleuses ou illégales auxquelles il a prêté son nom – Trump University, Trump Institute et Trump Foundation.

Il faisait l’objet d’allégations de harcèlement sexuel, le genre d’affaire qui peut revenir hanter un président.

« Et il y avait tous ces indices qui pointaient à l’époque vers une collusion possible entre l’équipe de Trump et les Russes, a ajouté Allan Lichtman. […] J’ai donc mis toutes ces choses ensemble, et cela m’a poussé à croire que, même si Donald Trump allait être élu, il ferait également face à la destitution. »

Deux précédents

Seulement deux présidents ont fait l’objet d’une procédure de destitution dans l’histoire américaine : Andrew Johnson (en 1868) et Bill Clinton (en 1998). Les deux ont été mis en accusation par la Chambre des représentants et acquittés par le Sénat. Richard Nixon (en 1974) a choisi de démissionner avant d’être mis en accusation.

Dans la foulée du renvoi de James Comey, les critiques de Donald Trump, dont l’éminent constitutionnaliste de Harvard Laurence Tribe, l’ont accusé d’entrave à la justice. Dans une certaine mesure, le président a apporté de l’eau à leur moulin. Lors d’une interview à NBC, il a affirmé que l’enquête russe avait pesé dans sa décision de virer le directeur du FBI. Et il a proféré sur Twitter ce que certains ont interprété comme une menace à l’endroit de ce dernier.

Mais peut-on vraiment concevoir un scénario où une Chambre à majorité républicaine mettrait en accusation Donald Trump ?

« Il ne faut jamais oublier que la plus grande priorité d’un élu est l’autopréservation », répond Allan Lichtman.

« Si les républicains de la Chambre en viennent à la conclusion que Donald Trump est une menace à leur réélection – et ils devront tous défendre leur siège en 2018 -, ils pourraient être prêts à l’abandonner. »

L’historien refuse en outre de croire que Donald Trump pourra continuer à défier les normes de la politique et la Constitution sans avoir un jour à en payer le prix. Ses arguments en faveur de la destitution du président, faut-il dire, ne se limitent pas au renvoi de James Comey. Il soutient notamment que le locataire de la Maison-Blanche a déjà violé la clause des émoluments de la Constitution lui interdisant de recevoir des bénéfices financiers de puissances étrangères.

« Pendant toute sa vie, Trump a évité d’avoir à rendre compte de ses actes, dit Allan Lichtman. Il a multiplié les faillites, il a fait perdurer des litiges, il a réglé des poursuites à l’amiable, il a tourné le dos à de mauvaises transactions et laissé les autres encaisser les pertes. Mais, en tant que président, il ne peut pas déclarer faillite. Il ne peut pas tourner le dos à ses responsabilités. Il est responsable. Et la responsabilité ultime est la destitution. »

« La destitution n’est pas une tragédie, poursuit-il. Il vise un homme et non pas la fonction. Les Pères fondateurs ont mis la destitution dans la Constitution explicitement pour protéger le pays contre un président dévoyé. »

Et Allan Lichtman était convaincu que Donald Trump serait un président dévoyé avant même qu’il ne prête serment.

La Constitution et la destitution

La procédure de destitution est définie dans l’article II de la Constitution américaine. Elle prévoit que « le président, le vice-président et tous les fonctionnaires civils des États-Unis seront destitués de leurs charges sur mise en accusation et condamnation pour trahison, corruption ou autres crimes et délits majeurs ». La mise en accusation – l’impeachment, en anglais – doit être votée à majorité simple par la Chambre des représentants. La condamnation nécessite ensuite une majorité des deux tiers au Sénat, faute de quoi il y a acquittement.

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