La présidente argentine accuse les Etats-Unis de projeter son assassinat

 

La présidente d'Argentine, Cristina Kirchner.... (PHOTO MARCOS BRINDICCI, REUTERS)

La présidente d’Argentine, Cristina Kirchner.

PHOTO MARCOS BRINDICCI, REUTERS

Agence France-Presse
Buenos Aires

La présidente argentine de centre gauche, Cristina Kirchner, estime que son pays est la cible d’un complot à caractère économique et spéculatif: à la fois venu des États-Unis et des milieux d’affaires argentins.

Dans un discours mardi, Mme Kirchner a même averti qu’il faudrait chercher des responsabilités aux États-Unis si elle venait à mourir. «S’il m’arrive quelque chose, ne regardez pas vers l’Orient, regardez vers le Nord», a-t-elle déclaré, après avoir affirmé il y a deux semaines qu’elle avait reçu des menaces des djihadistes de l’État islamique.

Depuis le jugement d’un tribunal de New York, en juin, condamnant l’Argentine à verser à un groupe de fonds «vautours» une indemnisation disproportionnée au regard de l’accord conclu avec 93% de ses créanciers, les dirigeants argentins tirent à boulets rouges vers New York, le juge «sénile» Thomas Griesa et réclament une intervention de Washington.

L’Argentine a tenté en vain d’impliquer les États-Unis dans ce dossier en déposant une plainte devant la Cour internationale de justice (CIJ) de La Haye.

Pour Buenos Aires, le juge Griesa est à la solde des fonds spéculatifs qui menacent le processus de désendettement de l’Argentine.

Les États-Unis ne sont pas partie prenante dans le litige entre les fonds «vautours» et la 3e économie d’Amérique latine, mais l’Argentine met en avant qu’ils sont responsables de leurs institutions, et donc de la Justice, dont la décision contre l’Argentine a surpris le monde économique.

En Argentine, Mme Kirchner accuse aussi les opposants à sa politique de vouloir la déstabiliser en spéculant sur le dollar, dont le taux au marché noir flambe depuis quelques mois. Un dollar s’échange contre 8,5 pesos dans les bureaux de changes et atteint près de 16 pesos dans le circuit informel.

Des preuves?

«Ils veulent renverser le gouvernement avec l’aide de l’extérieur», affirme-t-elle. Elle fait notamment référence à un dispositif permettant d’échanger des pesos en dollars à un taux proche du taux informel, un mécanisme jugé «illégal» par Mme Kirchner, «légal» selon les opérateurs bancaires.

«Jusqu’où iront-ils ? Vont-ils me mettre en prison la prochaine fois que je vais à New York ?», a encore déclaré la présidente argentine lors du même discours prononcé depuis la Casa Rosada, le palais présidentiel à Buenos Aires.

«Les attaques contre l’administration de Barack Obama se sont approfondies ces derniers jours et ont culminé mardi soir (…) Comme jamais auparavant, elle a dénoncé en grandes pompes que +certains secteurs de l’économie voulaient renverser le gouvernement+», relève un éditorial du quotidien conservateur La Nacion titré «Un discours de barricade converti en dogme».

«La présidente a insisté sur les théories du complot et a même suggéré, pour la première fois, que ‘le Nord’ pourrait planifier quelque chose contre elle», poursuit l’éditorial. «Elle ne cherche pas à se démarquer de leaders comme Hugo Chavez ou Fidel Castro, qui ont passé leur vie à dénoncer les plans d’élimination ourdis par ‘l’impérialisme Yankee’».

Nestor (2003-2007) comme Cristina Kirchner (2007-2015) se sont souvent opposés à la politique des États-Unis, positionnant l’Argentine dans le camp du Venezuela, de Cuba, de l’Équateur ou de la Bolivie.

La semaine dernière, le ministre argentin des Affaires étrangères, Hector Timerman, avait convoqué le responsable de l’ambassade américaine à Buenos Aires pour lui reprocher une prise de position dans la presse argentine en faveur d’un accord avec les fonds «vautours».

Mercredi, le chef du gouvernement argentin, Jorge Capitanich, a menacé de sanctionner les acteurs financiers qui spéculeront sur le peso pour l’affaiblir, alors que les milieux économiques exigent une dévaluation urgente.

Pour le politologue argentin Ricardo Rouvier, les propos sont exagérés, même s’il «est exact que des acteurs internes font pression, qu’il existe une spéculation de partisans d’une dévaluation, par exemple la rétention des récoltes de soja destinées à l’exportation, mais de là à parler d’un complot international ou d’une éventuelle attaque sur sa personne…»

«Dans l’histoire de l’humanité, dit-il, il y a eu plus de dénonciations de complot que de preuves. Cela dit, (elle a peut-être des éléments) pour lancer ces accusations», ajoute M. Rouvier.

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