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Le coin de l’histoire, par Charles Dupuy : La visite de Franklin Delano Roosevelt au Cap-Haïtien

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De gauche a droite : President Stenio Vincent (1930-1941) et President Franklin Delano Roosevelt (1933-1945)

 Le plus spectaculaire succès diplomatique du président Sténio Vincent restera sans conteste la visite du président Franklin D. Roosevelt au Cap-Haïtien, le 5 juillet 1934. Celui-ci était au début d’une longue croisière qui devait commencer par les manœuvres navales de la flotte américaine dans la mer des Antilles et se terminer dans l’archipel d’Hawaï. Après une tournée en ville, les deux chefs d’État faisaient leur entrée dans le grand salon de l’Union-Club, le plus ancien club privé d’Haïti et peut-être du continent américain. C’est là que Roosevelt rencontrera les représentants des grands corps de l’État, les membres du haut clergé catholique, les notables et les journalistes. Lorsque, le verre à la main, Vincent se lève pour prononcer son discours de bienvenue, il prie élégamment son collègue écrasé de fatigue et la veste mouillée de sueur de rester assis, mais au prix de pénibles efforts, Roosevelt qui, rappelons-le, était poliomyélitique, se dresse malgré tout et l’écoute debout.

Pour lui répondre, Roosevelt commence son discours en français, quand, sur le ton humoristique, il fait remarquer que cette tentative ne lui ayant pas réussi, il préférait continuer en anglais. (Notons ici que c’est à un jeune Capois cultivé et polyglotte, André Toussaint, qu’on fit appel pour servir de traducteur) C’est alors qu’il annonce que dans un délai d’un mois à six semaines, soit deux ans avant son terme, l’Occupation américaine d’Haïti sera bel et bien terminée. Il ne restait plus maintenant qu’à convenir de la forme que prendrait le communiqué conjoint. C’est ce à quoi s’appliquèrent les deux chefs d’État qui, passant dans la salle voisine, signèrent cet accord (1) dont voici la version française:

         Article premier.- À cause des rapides progrès réalisés par la Garde d’Haïti, et à la demande du gouvernement d’Haïti, il a été convenu que la Garde d’Haïti sera placée sous le commandement haïtien le 1er août 1934. Toutes les forces des Marines américains maintenues en Haïti seront retirées une quinzaine de jours plus tard

     Article deux.- Le président Roosevelt a informé le président Vincent de l’acte du Congrès des États-Unis l’autorisant à offrir au gouvernement haïtien une partie de l’équipement de la Garde d’Haïti et des forces de Marines en Haïti.

         Article trois.- Des négociations seront entamées pour la conclusion d’un traité commercial.

         L’entente une fois signée, Roosevelt, le verre de rhum à la main, demande à rencontrer ses amis Ernest Chauvet et André Chevalier. Il faut savoir que Roosevelt n’était pas à sa première visite en Haïti. Habituellement considéré comme l’auteur de la constitution de 1918, cet ancien secrétaire adjoint de la Marine avait déjà eu l’occasion de parcourir le pays et de s’y faire des relations. Il profita de ce bref moment de détente pour échanger avec quelques personnalités comme l’archevêque de Port-au-Prince, Mgr Le Gouaze. L’on rapporte qu’au cours de leurs conversations, Vincent et Roosevelt se seraient avoué leur dégoût de la vie politique, une vie dont ils comptaient se retirer à la première opportunité. Curieusement, ils allaient, l’un et l’autre, devenir les chefs d’État qui se seront fait le plus souvent réélire dans leur pays respectif.

Le président Vincent recu a Washington par le président Roosevelt

         Très tôt dans l’après-midi, Roosevelt montait à bord du Houston en compagnie de Vincent qui rencontre alors les deux fils du président américain, John et James, qui avaient profité de cette splendide journée pour aller visiter les ruines du palais de Sans-Souci, à Milot. À une heure et demie de l’après-midi, l’escadre américaine tirait une dernière salve d’artillerie, levait l’ancre et quittait la rade. Le profit politique de cette visite sera énorme pour Vincent. Le ministre Léon Laleau disait humer déjà les «odeurs balsamiques de la patrie retrouvée» et aussi de… réélection. De son côté, comparant le départ de Roosevelt aux heures glorieuses que «connurent nos aïeux après la victoire de Vertières et la reddition du Cap-Français», Vincent se considérait désormais comme l’auteur de la «deuxième indépendance» et envisageait dès lors sa permanence au pouvoir.

         Il faut signaler enfin que ce jour-là, debout sur le balcon de la maison d’en face, celle d’Anténor Firmin, une petite dame vêtue de noir observait avec attention cette scène historique qui s’offrait à sa curiosté. Cette dame en deuil était la mère de Charlemagne Péralte.

(1) La petite table où les deux présidents signèrent cet accord, leurs photos dédicacées et tous les autres souvenirs de cette journée historique ont disparu après que le gouvernement duvaliériste eut fermé l’Union-Club et se soit emparé de ses locaux.

coindelhistoire@gmail.com 

(514) 862-7185 / (450) 444-7185

Charles Dupuy 

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