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PHOTO SOUTH_AGENCY, GETTY IMAGES
Sur les réseaux sociaux, de plus en plus de femmes n’hésitent plus à afficher leur mode de vie sans enfant.
La montée en popularité du mouvement #childfree (#sansenfant) se fait sentir sur les réseaux sociaux. À mille lieues du tabou, de plus en plus de femmes, voulant en inspirer d’autres, font de leur mode de vie sans enfant leur identité virtuelle.
CATHERINE MAISONNEUVE, Collaboration spéciale
Une simple recherche du mot-clic #childfree permet de découvrir de nombreux profils de femmes – principalement américaines – qui en font leur marque de commerce. Elles publient du contenu sans filtre sur leur mode de vie sans enfant, affichent leur bonheur d’être libres, évoquent les raisons pour lesquelles elles ont choisi de ne pas être mères, précisent pourquoi elles n’ont aucun regret et, surtout, répondent aux commentaires et jugements auxquels elles se butent au quotidien.
Les femmes sans enfant étant parfois jugées, est-il rafraîchissant de voir certaines d’entre elles revendiquer leur choix ? « Oui, sans hésitation ! répond la sociologue et auteure Sophie Mathieu. Il faut en parler, c’est tellement important. Les femmes qui ne veulent pas être mères se sentent encore marginalisées. Donc, plus on en parle, plus on brise le tabou. »
Peu de femmes dans la sphère publique revendiquent leur choix de ne pas être mères, surtout au Québec. Au mieux, certaines disent ne pas avoir pris de décision, laissant la porte entrouverte. Pourquoi ?
« Au Québec, nous avons un généreux filet social, un congé de maternité payé, des garderies subventionnées », donc « il n’y a pas de raison de ne pas en avoir », ce qui crée un malaise collectif, explique Sophie Mathieu.
« Mais, au-delà de tout ça, si on arrête d’avoir des enfants, cela génère une inquiétude sociale. La pression repose entièrement sur les femmes dans les pays où le taux de natalité est faible, comme c’est le cas chez nous. »
Sophie Mathieu, sociologue et auteure
Pénélope McQuade est l’une des rares personnalités publiques au Québec qui parle ouvertement de son choix assumé de ne pas être mère. « C’est vrai que, dans la sphère publique, il n’y a pas tant de femmes qui en parlent [de ne pas vouloir être mères]. Est-ce qu’on est gênées de le dire, parce que ça insinue qu’on est une femme incomplète ? Est-ce parce qu’on a peur des échos ? » demande l’animatrice de radio et de télévision.
1,33
C’était le taux de natalité (fécondité) au Canada en 2022. Il était de 1,66 aux États-Unis la même année.
Source : Statistique Canada
« Je me rappelle encore d’avoir dit avec beaucoup d’assurance que je ne voulais pas d’enfant dans la trentaine, et de m’être butée à des commentaires du genre : “Tu vas voir, quand tu vas être plus vieille, quand ta carrière va ralentir, quand tu vas rencontrer le bon gars…” », ajoute-t-elle. « Comme si, en tant que femme, on est toujours en attente de quelque chose. Je peux comprendre que c’est un tabou difficile à défaire. »
Sur les réseaux sociaux, beaucoup de femmes n’hésitent pas à afficher leur contenu #childfree, comme Tiffany J. Marie1, qui compte plus de 200 000 abonnés sur Instagram. Elle répond souvent à la question « Pourquoi je n’ai pas d’enfant ? » et dénonce publiquement les messages désobligeants qu’elle reçoit : « Tu vas le regretter », « Tu vas changer d’idée », « Tu vas mourir seule ». Bref, elle remet en question les arguments auxquels se heurtent constamment les femmes qui n’ont pas d’enfant. De temps en temps, elle publie aussi une photo de son café avec la légende : « Voici un aperçu de ma journée sans enfant ».
17,4 %
C’était la proportion des femmes de 50 ans et plus n’ayant pas d’enfants biologiques au Canada, en 2022.
Source : Statistique Canada
Danni Duncan2, qui compte 142 000 abonnés sur Facebook, s’affiche comme une « femme sans enfant et fière de l’être » sur son profil. Elle partage régulièrement des messages du genre : « Je pourrais changer d’idée, mais pourquoi le ferais-je ? », ou encore des lettres ouvertes destinées aux femmes sans enfant qui se sentent jugées ou seules dans leur réflexion. Le mot d’ordre est « Vous n’êtes pas seules et vous avez pris la bonne décision ».

La chanteuse pop Chappell Roan a fait réagir le printemps dernier à la suite de son passage au populaire balado Call Her Daddy, suivi par 2,7 millions d’abonnés. Elle y a affirmé que « toutes [ses] amies qui ont des enfants sont misérables » et s’est dite reconnaissante d’être child free. Aussitôt le segment diffusé, les commentaires ont fusé sur les réseaux sociaux, et plus d’une douzaine d’articles ont été publiés en réaction.
Aurait-on besoin d’un tel mouvement ici ? « Ma philosophie a toujours été “Notre corps, notre choix”, commente Pénélope McQuade. D’en parler, c’est un choix hyper personnel. Personne ne doit d’explication à personne, surtout quand on parle d’une question aussi intime que la maternité. Donc, a-t-on besoin d’un mouvement ? La question mérite d’être posée. Je pense aux gens qui sortent du placard [au sujet de leur orientation sexuelle]. Plus il y a de sorties publiques, plus c’est normal et banalisé. »