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La diaspora haïtienne, un pilier très important dans l’économie du pays

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Par Jose Flecher
Le seul point positif de la migration massive d’après 1986, selon l’économiste Pierre Marie Boisson, c’est qu’une forte quantité de nos compatriotes ont migré surtout vers l’Amérique du Nord et que la contribution financière de ces personnes pour soutenir les familles haïtiennes, n’a pas cessé de croître au cours des trois décennies.

De 1986 à 2013, l’économie haïtienne a connu de profondes mutations. Et cela, fort souvent, dans la mauvaise direction. Au cours de cette période, l’économie du pays a crû de moins de 1% tandis que la croissance démographique approche les 3%. N’était-ce la contribution inestimable de la diaspora haïtienne, la situation aurait pu être plus catastrophique. Le secteur de la production n’existe plus. La transformation non plus. L’agriculture qui embauchait près de deux tiers de la population de 1978 à 1986 a été, dans un laps de temps, réduite à une peau de chagrin.

Pierre Marie Boisson, lors d’une conférence organisée le 29 janvier dernier à l’Académie diplomatique et consulaire (ANDC), sur le thème « Quarante ans de mutations économiques en Haïti», n’est pas passé par quatre chemins. Il a, à travers des chiffres, passé en revue les différents aspects de l’économie du pays au cours de ces 27 ans. Le pays, dit-il, a connu des difficultés énormes au cours de cette période. L’agriculture d’autosuffisance que pratique le pays a contribué grandement à une telle débâcle. Au cours de cette période, les transferts de la diaspora, constituée de près de quatre millions d’Haïtiens, représentent pas moins de 20% du produit intérieur brut (PIB) du pays. Ceci, sans prendre en compte les dons qui ne passent pas par les maisons de transfert ni par les banques. Plus de 30% des familles haïtiennes reçoivent mensuellement des transferts financiers de la diaspora.

Ce n’est plus un secret, Haïti vit en grande partie de l’aide externe, laquelle est surtout dominée par les transferts de la diaspora. Dans les périodes de grandes turbulences, cette aide représente une alternative au manque d’activités économiques qui caractérise le pays. Pour certaines familles, c’est la principale source de revenu. Les transferts financiers de la diaspora, fourniraient les devises qui servent à améliorer la balance des paiements en redressant le déficit des comptes courants. Ils sont majoritairement utilisés pour la consommation et servent à acheter les biens intermédiaires et certains outils nécessaires à la production. Aussi jouent-ils un rôle important dans la lutte contre la pauvreté et contribuent-ils à améliorer le capital humain à travers le paiement des dépenses d’éducation et de santé.

Les autres formes d’aide que reçoit le pays n’ont eu que très peu d’impact sur la vie des citoyens. Une part importante de ces sommes faramineuses est utilisée pour les frais de bureau et le paiement des experts étrangers. L’aide véritable, selon M. Boisson, reste et demeure l’aide de la diaspora. Car cette dernière constitue celle qui arrive vraiment aux familles. C’est une preuve de solidarité énorme. « C’est une aide que des pauvres envoient à des pauvres », a fait savoir l’économiste. Quand on sait qu’au cours de cette période, le pays n’a connu que deux ans de normalité, on comprendrait l’importance de cette frange de la population.

De moins de 50 millions de dollars avant la période de l’embargo imposé au pays en 1991 par la communauté internationale après le coup d’État du 30 septembre, les transferts financiers de la diaspora ont atteint les 100 millions en 1995 et progressé jusqu’à atteindre le chiffre de 1.8 milliard de dollars en 2008. Ces transferts financiers ont une fonction structurale dans l’économie et la société haïtiennes. Ils ont une indéniable valeur qualitative. Depuis l’an 2000, selon certains chiffres, ils représentent trois fois la valeur de nos exportations. Après le séisme, cette aide a continué de croître. En 2012, elle a atteint près de deux milliards. 

Jose Flecher 

Retrospective

La diaspora haïtienne : conscience et moteur économique

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Manifestation des Haitiens a New York le 16 Janvier 2018

Par Kerlande Mibel

Actuellement, Haïti est un canevas de possibilités, d’opportunités et tous les spécialistes y sont allés de leurs recommandations respectives quant à la reconstruction depuis le 12 janvier dernier. Plusieurs se bousculent au chevet d’Haïti, mais il semble que ce pays n’ait pas encore su tirer profit de sa plus grande richesse, à savoir les ressources humaines issues de son sol. Le peuple haïtien incluant la diaspora doit prendre en main son destin.

Environ 80 pourcent des Haïtiens formés et éduqués vivent maintenant en dehors d’Haïti. Ceci constitue en soi un défi. Comment Haïti doit-elle se prévaloir de cette force et quel peut être le rôle de sa diaspora? Les expatriés haïtiens sont aux quatre coins du monde et contribuent à l’essor économique et social des territoires sur lesquels ils ont élus domicile; pensons seulement à ces professionnels qui ont fortement contribué à la société québécoise. Mais comment une telle diaspora si mouvante et hétérogène peut-elle contribuer efficacement à l’essor d’Haïti?

Une voix qui porte

Il est acquis que les Haïtiens et la diaspora doivent participer pleinement à la reconstruction. Dans un premier temps, la diaspora devra jouer un rôle de chien de garde ou plus précisément, de conscience pour veiller aux intérêts d’Haïti et de ceux qui y habitent.

Il serait faux de croire et quelque peu illusoire d’espérer que les pays amis auront la volonté de jouer ce rôle. Bien qu’ils compatissent sincèrement avec les victimes haïtiennes et leurs proches, leurs engagements sont d’abord et avant tout envers leurs pays, leurs électeurs, leurs intérêts. Il sera tout aussi important de s’assurer que les différents plans des institutions financières mondiales ne soient pas élaborés selon une logique inadaptée ou calquée sur un modèle inadéquat pour être ensuite imposés au peuple haïtien.

Qui pourra s’en inquiéter et oser critiquer en toute liberté? Le gouvernement haïtien, malgré ses velléités de souveraineté, semble avoir un lien de dépendance trop fort envers ces institutions pour critiquer le modèle imposé. La société civile aussi est trop occupée à panser les plaies pour consacrer beaucoup de temps à ces questions. De là toute l’importance d’avoir une diaspora vigilante qui veille aux intérêts d’Haïti.

Puis, il est à se demander qui questionnera les multitudes d’ONG qui opèrent en Haïti. Des millions viennent d’être attribués à ces organismes pour qu’ils fournissent une aide humanitaire suite à la catastrophe du 12 janvier. Quelles sont les garanties en ce qui concerne la bonne gestion de ces sommes colossales? Enfin, pour l’investisseur aguerri, Haïti représente une occasion en or; la question est de savoir s’il profitera de la vulnérabilité du gouvernement haïtien pour exploiter et spolier les ressources du pays. Il revient donc aussi à cette diaspora éduquée de porter un regard critique sur ce qui se passe en Haïti. Il est souhaitable qu’elle communique constamment et adroitement cette critique. Arriver à faire cela de manière constante et efficace serait déjà une prouesse.

Dans un second temps, la diaspora devra jouer un rôle économique non négligeable. Or, si la diaspora se vante et répète qu’elle injecte des milliards dans le PIB haïtien, force est de constater que le fait de transférer de l’argent à la famille ne contribue pas au développement macroéconomique et durable du pays.

Face aux différents enjeux et défis qui se présentent pour le pays, la création d’institutions et d’outils économiques permettrait à Haïti de se positionner sur la voie de la prospérité, selon une logique de rentabilité financière et de développement économique. L’État pourrait se doter de sociétés lui permettant d’investir dans des secteurs industriels porteurs tels que les énergies renouvelables, le tourisme et l’agriculture pour ne citer que ceux-là.

Les capitaux pour mettre en place ces institutions pourraient provenir en partie de la diaspora haïtienne. L’avantage est que ceux-ci n’étant pas accompagnés des contraintes des institutions financières mondiales, ils pourront permettre un développement économique stratégique. Les capitaux de la diaspora pourraient aussi soutenir la construction d’infrastructures et de projets structurants pour le pays.

De plus, la création d’incubateurs adaptés aux secteurs stratégiques serait aussi avantageuse pour la relance économique. Une fois mis en place, ils serviraient à la création d’entreprises, donc à la création d’emplois et à la valorisation de la main d’œuvre locale. Pour cela, il faudra des investissements massifs. La diaspora et le monde des d’affaires pourraient jouer un rôle considérable dans cet effort.

Par ailleurs, dans le moyen et long terme, la stimulation de l’entrepreneuriat local est la voie à privilégier pour la création d’emplois. C’est notamment l’occasion d’inclure l’éducation entrepreneuriale dans le curriculum scolaire.

Enfin, la diaspora peut également mettre à profit ses connaissances, son professionnalisme, son expertise et les différents réseaux créés à travers le monde pour que le secteur privé Haïtien prospère.

Une fierté à reconstruire

Le 12 janvier a marqué plus que jamais l’occasion de reconstruire la société haïtienne, de revoir les valeurs qui la gouvernent et de redéfinir son rapport à elle-même et aux autres. C’est l’occasion d’incarner l’héritage que les pionniers, les pères fondateurs tel que Louverture ou Christophe ont légué. C’est également l’occasion de se redéfinir en tant que peuple. La diaspora peut proposer une image positive d’Haïti et des Haïtiens.

Il est important que la fierté haïtienne se traduise dans les discours et les actions. Il y a toute une jeunesse, une génération qui a besoin de repères et de racines. Tous les membres de la diaspora ne pourront poser des gestes ostentatoires, mais chacun à sa manière doit changer le discours et les façons de faire. Nous avons vu ce changement dans le discours prendre son envol lorsque des auteurs comme Dany Lafferrière au Canada ou Edwidge Danticat aux États-Unis ont pris la parole pour mettre Haïti sous une lumière plus favorable. Des représentants gouvernementaux tel que Patrice Gaspard, conseiller du président Barack Obama, ou Michaëlle Jean, la Gouverneure générale du Canada, inspirent tous les membres de la diaspora et incarnent des modèles positifs vivants à la hauteur du legs des fondateurs haïtiens.

C’est le moment pour la diaspora et les Haïtiens de se libérer collectivement d’une certaine mentalité qui les maintient captifs d’une logique d’échec. Un proverbe dit que lorsqu’il n’y a plus de vision d’avenir, un peuple vit dans le désordre. Quelle sera notre vision? C’est aux Haïtiens et à la diaspora haïtienne d’en décider.

Kerlande Mibel est présidente de la Jeune Chambre de commerce haïtienne de Montréal. Conseillère politique à la Ville de Montréal, elle possède plus de sept ans d’expérience en développement économique local, principalement en entrepreneuriat.

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