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Les hôpitaux publics d’Haïti paralysés par la grève

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Un patient est assis sur son lit à... (PHOTO FIEU NALIO CHERY, ARCHIVES AP)

Un patient est assis sur son lit à l’Hôpital Général, à Port-au-Prince, le 12 mai.

PHOTO FIEU NALIO CHERY, ARCHIVES AP

Agence France-Presse
PORT-AU-PRINCE

Faute de financement suffisant de l’État depuis des décennies, les hôpitaux publics d’Haïti sont confrontés à des conditions d’hygiène et un manque de matériel tels qu’ils mettent en danger la vie des patients et ont poussé internes et résidents à la grève.

Les hôpitaux publics d'Haïti paralysés par la grève

Le Dr Vil Cénat (à droite) soigne un patient, à l’Hôpital Général, à Port-au-Prince, le 12 mai.

PHOTO DIEU NALIO CHERY, ARCHIVES AP

«Comment peut-on imaginer un service d’urgence où nous n’avons pas une paire de gants» s’indigne Joseph Hérold. «C’est aux familles de tout acheter et, malheureusement, beaucoup n’ont pas les moyens de payer les prescriptions. Souvent les parents nous rendent responsables et nous sommes agressés à longueur de journée», déplore le résident en grève.

Refusant de subir ces difficiles conditions de travail, les internes et résidents observent depuis près de deux mois un arrêt total de travail. Dans les cinq hôpitaux publics du pays, les couloirs sont déserts et pas un médecin n’assure une permanence pour prendre en charge les urgences.

Cette grève est lourde de conséquences: la semaine dernière, une femme enceinte est décédée devant les portes de l’hôpital universitaire de Port-au-Prince, suscitant la colère des proches et des riverains.

Les grévistes compatissent, mais rappellent la précarité des soins fournis.

«Imaginez, vous êtes en pleine chirurgie et, brusquement, il n’y a plus d’électricité: les médecins doivent utiliser non pas une lampe torche, mais les lumières de leurs téléphones portables pour finir l’intervention», s’énerve Joseph Hérold. «Et pendant ce temps, l’appareil d’anesthésie perd pression: vous avez le patient qui est en train de se réveiller, qui souffre, car les drogues ne passent plus, donc vous devez lutter avec lui pour le maintenir sur la table», raconte-t-il tristement.

Dans le petit bureau où ils sont réunis, les grévistes énumèrent leurs expériences similaires sans se soucier de la souris qui passe à leurs pieds.

«Ça n’est rien, on a des rats dans nos quartiers d’habitations et on peut trouver des mouches au bloc», regrette Joseph Hérold.

Impuissance des autorités

Cette insalubrité est bien connue des autorités sanitaires qui avouent leur impuissance.

«Le problème vient de l’environnement immédiat des hôpitaux: les riverains déversent quotidiennement des immondices près des centres de santé et les services compétents ne les ramassent pas», déplore Gabriel Thimoté, directeur général du ministère de la Santé.

Outre l’amélioration des conditions d’hygiène et l’approvisionnement en matériel, les grévistes revendiquent aussi une hausse de leurs salaires qui, malgré la forte inflation, n’ont pas été révisés depuis 1990.

«La population pense que les membres du personnel de santé sont des nantis, mais même les employés des usines de sous-traitance textiles touchent mieux que nous», rappelle M. Hérold.

Après six années d’études supérieures, les internes perçoivent aujourd’hui moins de la moitié du salaire minimum, fixé par la loi à 240 gourdes (3,80 $), pour une journée de travail de huit heures. Les résidents hospitaliers ne reçoivent eux que l’équivalent de 123 $ par mois et les médecins 390 $.

«Aucun des fonctionnaires n’a un salaire qui répond au niveau d’étude et à sa carrière», admet Gabriel Thimoté. «Depuis 2005, le budget va en s’amenuisant et diminue d’autant la marge de manoeuvre du ministère pour apporter des intrants en quantité suffisante, pour augmenter les frais de tout le personnel», regrette le numéro deux du ministère de la Santé.

Avec des recettes fiscales et une croissance moins importantes que prévues, le gouvernement a réduit le budget du ministère de la Santé à 4,7 % du budget national, «bien loin du minimum de 15 % recommandé par l’Organisation mondiale de la santé», se désole M. Thimoté.

Les 38,7 millions de dollars ainsi alloués au secteur public de santé pour l’exercice 2015-2016 ne suffiront pas à couvrir les frais de fonctionnement actuels des hôpitaux.

L’actuel gouvernement, qui ne dispose que d’un mandat provisoire en raison de la crise électorale qui perdure depuis janvier, refuse d’endosser toute responsabilité.

«On ne peut pas», martèle Serge Simon, le porte-parole de la présidence. «On vit dans un état de précarité totale et un gouvernement provisoire a pour responsabilité première d’organiser des élections pour avoir un gouvernement élu qui, lui, va prendre ses responsabilités».

Mais les grévistes dénoncent l’hypocrisie de l’élite haïtienne. «Certaines personnalités politiques sont venues en urgence ici à l’hôpital universitaire. Mais pour que leurs amis et proches n’aient pas à constater la situation de déchéance, une fois qu’ils sont stabilisés, ils se sont évidemment fait transférer dans un hôpital privé», dénonce Joseph Hérold.

Or une chambre en clinique privée ou avion médicalisé pour recevoir des soins à l’étranger sont des luxes que les 60 % des Haïtiens vivant sous le seuil de pauvreté ne peuvent se permettre, tout comme les internes et résidents qui n’ont pas encore droit à l’assurance maladie des fonctionnaires.

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