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Certitudes et mystère autour de la mort de Jacques Stephen Alexis

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par Gotson Pierre

Le cinéaste Arnold Antonin fait revivre le célèbre écrivain et homme politique haïtien Jacques Stephen Alexis, dont la disparition, en avril 1961, durant la dictature de François Duvalier, demeure un mystère.

« Jacques Stephen Alexis, mort sans sépulture » est le titre du film qui sort cette semaine à Port-au-Prince, et qui rassemble des témoignages en Haïti et à l’étranger sur la vie, l’œuvre et le militantisme de l’écrivain.

Né aux Gonaives (Artibonite), Jacques Stéphen Alexis, est l’auteur de 3 romans, « Compère général soleil » (1955), « Les Arbres musiciens » (1957), « L’Espace d’un cillement » (1959) et d’un recueil de contes et nouvelles, « Romancero aux étoiles » (1960), parus chez Gallimard à Paris, et qui ont connu un immense succès. Ils sont devenus des classiques de la littérature haïtienne.

Alexis est mort en avril 1961 en Haïti dans des conditions difficiles à préciser et sur lesquelles le film de 90 minutes n’a pu amener que des versions qui nourrissent quelque peu la légende de cette figure imposante du 20eme siècle haïtien.

Que de versions du retour clandestin d’exil et de la capture de Jacques Stephen Alexis ! Est-il mort à Fort Dimanche, la lugubre prison des Duvalier, aux Casernes Dessalines ou au Môle St Nicolas (Nord-ouest), où, selon des témoignages, il a débarqué ? A-t-il été fusillé ?

Ce qui est certain, c’est qu’il a été capturé et porté disparu le 21 avril 1961, à la veille de ses 40 ans, précise le documentaire.

A travers ce long métrage, tourné, entre autres, en Haïti, aux Etats-Unis, en France, à Cuba et au Canada, Antonin part sur les traces d’Alexis et à la recherche de tous les témoins encore vivants.

L’admiration d’Antonin pour ce grand écrivain transpire tout au long du documentaire, construit avec beaucoup de délicatesse. Des voix et des images, parfois d’époque, portent bien le personnage.

Son roman « L’espace d’un cillement » apparaît comme son livre majeur, selon l’opinion de plusieurs intervenants, dont sa fille Florence Alexis. C’est « un livre-pivot », souligne-t-elle.

Considéré comme une des références phares du « réalisme merveilleux » dans la Caraïbe, Alexis définissait le merveilleux comme « l’imagerie dans laquelle un peuple enveloppe son expérience ».

Son compagnon de combat avec qui il a polémiqué par la suite, l’écrivain René Depestre, salue l’universalité d’Alexis, qui avait « su rendre fécondes ses contradictions ». « J’ai jamais perdu de vue Alexis », confie-t-il.

L’écrivain Dany Laferrière relève le « style flamboyant » d’Alexis, qui ne saurait laisser indifférents des auteurs comme Rodney Saint Eloi, Lionel Trouillot, Garry Victor, Yanick Lahens et Jean Metellus.

Une note discordante, toutefois, de l’intellectuel et ancien président Leslie Manigat : « si Jacques Stephen Alexis n’avait pas des anecdotes à raconter, la moitié du personnage serait vidée de sa substance », tranche-t-il.

Pour l’écrivain et critique français Yves Chemla, Jacques Stephen Alexis est « un homme d’héritage et de rupture ».

L’aspect politique de l’action de Jacques Stephen Alexis est également bien documenté dans le film d’Antonin, qui fait appel à plusieurs anciens compagnons de l’homme politique, dont le dramaturge Rassoul Labuchin, l’écrivain et photographe Gérald Bloncourt et René Depestre.

Avec ces deux derniers, Alexis a été au cœur du mouvement appelé « la révolution de janvier 1946 », durant laquelle, la mobilisation des jeunes aboutit à la chute du président Elie Lescot.

Il fondera en 1959 le Parti d’Entente Populaire, qui s’inscrit dans la mouvance communiste, et publiera clandestinement le manifeste du parti.

Le communisme, qu’il prône alors, tient compte « des particularités culturelles d’Haïti », précise Labuchin.

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