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La grande épreuve de Chavez

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«Vous avez une queue de cochon, des oreilles de cochon, vous reniflez comme un cochon, vous êtes un cochon de bas étage…»
Si vous trouvez que nos politiciens manquent parfois d’élégance, jetez un coup d’oeil du côté du Venezuela, où le président sortant Hugo Chavez est en train de mener le combat politique le plus périlleux de sa longue carrière. Au point de recourir à ces comparaisons porcines contre son rival Henrique Capriles.
En plus de cracher des insultes, l’instigateur de la «révolution bolivarienne» a aussi brandi la menace d’une guerre civile, si jamais il devait perdre le scrutin d’aujourd’hui. À côté des bâtons, il a aussi agité des carottes, en distribuant des bonbons aux classes les plus démunies qui forment sa base électorale. Comme de nouvelles allocations pour les mères de famille plongées dans l’extrême pauvreté. Ou encore un ambitieux programme d’accession à la propriété qui a déjà permis de construire plus de 200 000 logements.
Ce programme fait l’objet d’une émission hebdomadaire à la télévision d’État où l’on voit les heureux nouveaux propriétaires remercier le «commandant» pour ce cadeau inespéré, dans un pays qui manque cruellement d’appartements.
Mais malgré cette pluie de pétrodollars, malgré le capital de sympathie que lui a valu son courageux combat contre le cancer, Hugo Chavez est talonné de près par son rival. Lui qui a survécu à un coup d’État et remporté haut la main trois élections présidentielles fait face, à 58 ans, à l’éventualité d’une défaite.
«C’est la plus forte contestation à laquelle il ait eu à faire face depuis les débuts de sa carrière politique», dit David Smilde, spécialiste du Venezuela à l’Université de la Géorgie et auteur d’un livre sur Hugo Chavez.
Les sondages lui accordent toujours une avance d’une dizaine de points. Mais l’écart rétrécit et le vent tourne en faveur d’Henrique Capriles, selon David Smilde. Le nombre d’indécis est plus fort que jamais. Et s’ils devaient basculer massivement du côté du candidat de l’opposition, cela pourrait suffire à pousser Chavez vers la sortie. Et à changer non seulement le visage du Venezuela, mais aussi celui de toute l’Amérique latine.
Comment expliquer la fragilité de sa position? D’abord, par la force de l’opposition, qui a réussi, pour la première fois, à canaliser le mécontentement des électeurs, estime Graciela Ducatenzeiler, spécialiste de l’Amérique latine à l’Université de Montréal.
Issu d’une famille riche, qui possède la plus importante chaîne de cinémas du pays, Henrique Capriles est un leader jeune et énergique. Et aussi, charismatique. «Et ce n’est pas facile d’avoir du charisme à côté de Chavez!», souligne Mme Ducatenzeiler.
Mais il y a aussi l’héritage mi-figue, mi-raisin de la «révolution bolivarienne». En 14 ans de pouvoir, le commandant Chavez a pu surfer sur le boom pétrolier pour financer de généreux programmes sociaux et améliorer le sort des plus pauvres parmi ses compatriotes.
L’effort a porté ses fruits. Le taux de pauvreté est passé de 50% à 25%. Le Venezuela est devenu un pays un peu moins inégalitaire. Le taux d’analphabétisme a reculé de 9% à 4,9%. La mortalité infantile a baissé, elle aussi. Même chose pour le chômage.
Mais en même temps, les infrastructures du pays sont dans un état de décrépitude avancée. Le réseau électrique souffre de pannes chroniques. Les routes sont défoncées, des ponts s’écroulent.
Et puis, les succès économiques du Venezuela ont été accompagnés par une hausse fulgurante de la violence, qui le place parmi les pays les plus dangereux de la planète. Sans oublier les restrictions à la liberté d’expression, la concentration des pouvoirs entre les mains du président et la corruption généralisée qui alourdissent le bilan négatif des années Chavez.
«Hugo Chavez est un hybride, à la fois démocrate et autocrate, un progressiste et un tyran», écrit le correspondant du Guardian Rory Carroll.
«Le Venezuela n’a pas de goulags, pas de chambres de torture, mais tout son potentiel gaspillé est une tragédie.»
Si jamais Hugo Chavez devait perdre le vote d’aujourd’hui, ce qui reste peu probable, ce serait peut-être, d’abord et avant tout, à cause de toutes ces occasions perdues.
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