Widgetized Section

Go to Admin » Appearance » Widgets » and move Gabfire Widget: Social into that MastheadOverlay zone

« Le Grand Bluff », par Serge H. Moise

Partager/Share this
SERGE H. MOISE

Déjà en 1843, Victor Schœlcher ( NDLR : abolitionniste francais) faisait le constat de la triste réalité haïtienne : « Au milieu du désordre administratif de ce pays où toutes les formes empruntées à la civilisation sont des simulacres… »

Gustave d’Alaux, de son côté affirmait, sans ménagement aucun: « Si les Haïtiens élaborent des constitutions absurdes, ils excellent dans l’art de les violer ».

Il n’y a pas très longtemps, notre ami Teddy Thomas nous rappelait les propos de ce philosophe du nom de Parménide, précurseur de Socrate, qui disait : « Plus les choses changent, plus elles restent les mêmes ».

Durant l’occupation américaine, de 1915 à 1934, le colonel John Russell confiait à ses amis que l’Haïtien, quelle que soit sa formation intellectuelle a la mentalité d’un gamin de sept ans.

L’histoire tumultueuse de la première république nègre semble s’être donné pour mission de confirmer ce qui précède avec une arrogance, pour le moins déconcertante.

Á la fin de l’année deux mille trois (2003), Le Nouvelliste reproduisait un article rédigé par Dr Rosalvo Bobo vers la même période de l’année mil neuf cent trois (1903). Ce dernier était d’une telle acuité qu’on aurait dit qu’il venait d’être écrit. Les mêmes propos, mot pour mot, auraient pu être tenus par un observateur contemporain.

Qui plus est, si d’autres pays du tiers-monde ou du quart-monde affichent depuis un certain temps, une stagnation qui explique qu’ils soient largement dépassés par les autres, en vertu du principe : « qui n’avance recule » Haïti pour paraphraser le professeur Leslie Manigat, recule à une vitesse vertigineuse.

Certains y voient une espèce de fatalisme, comme quoi, selon la loi du karma, pour avoir assassiné le père fondateur de la patrie, la famille haïtienne en paierait le prix ad vitam æternam. D’autres demeurent convaincus qu’après deux cent quatorze ans d’indépendance, la minuscule république traîne encore le poids de la soi-disant dette de l’indépendance sous différentes formes et qu’elle serait victime d’un complot international, avec la complicité, cela va de soi, des Konzé, des L. M. Joseph, des Laquinte et autres apatrides, recrutés dans toutes les strates sociales.

La version officielle de la geste héroïque de mil huit cent quatre (1804) ne semble pas pouvoir résister à l’exégèse des historiens scientifiques, soucieux de l’authenticité des faits événementiels. Au fil du temps, il s’est avéré évident que la seule préoccupation de nos vaillants ancêtres était le départ des colons esclavagistes afin de recouvrer leur liberté, mais qu’il n’existait pas un véritable projet de société qui tenait compte de nos spécificités propres. Vivre libre ou mourir, excellent leitmotiv, mais nettement insuffisant pour construire une nation forte et prospère.

Encore, faut-il souligner à l’eau forte, que depuis cette glorieuse victoire, haut fait d’armes, s’il en est, légitime fierté de tous les Nègres de la planète, la face du monde a changé. Certains y voient le point de départ de ce mouvement d’émancipation de la race qui a conduit Barack Obama à la première magistrature de la plus puissante nation du monde.

Au lendemain de notre indépendance, nos génies militaires qui n’étaient pas des plus férus en sciences humaines telles la sociologie, la psycholinguistique, décidèrent de s’approprier la langue française, la plus belle langue parlée et écrite, selon plus d’un au pays, ignorant qu’une langue charrie forcément les valeurs culturelles du peuple qui l’a inventée. Aussi, les Haïtiens, dès leur jeune âge, récitaient par cœur et à tue-tête, les textes qui leur faisaient dire, entre autres : Nos ancêtres les Gaulois ou de parler des marrons dans le pot au feu, sans avoir la moindre idée de ce que cela pouvait être.

Il s’ensuivit donc une dichotomie, créant par la force des choses, deux « haïtianités » distinctes, celle des scolarisés à la française et celle des laissés pour compte, des analphabètes pas bêtes, des sans aveux, des gros orteils des sans voix ni avenir; génération après génération.

Le jeune Haïtien apprend de façon insidieuse et inconsciente à mépriser le créole, sa langue maternelle, toutes ses racines et valeurs africaines pour s’enorgueillir bêtement le cas échéant, de ses origines européennes, expression à nulle autre pareille de la fascination du maître.

Vers la fin de la deuxième guerre mondiale, une jeune mère haïtienne, adulant son rejeton, tout ce qu’il y a de plus nègre, répétait à qui voulait l’entendre, que son fiston, à sa naissance, était tellement beau qu’il ressemblait à un Allemand. Imaginez la stupéfaction du jeune homme de découvrir vers treize ou quatorze ans qu’il n’avait rien en commun avec un Aryen. Il dut supplier sa petite maman pour qu’elle mette un terme à cette stupide référence.

Nos rythmes trépidants : yanvalou, ibo, pétro, rara, intimement liés au vodou, précieux héritage de la terre de nos aïeux, d’une telle vitalité et d’une incommensurable richesse qui ont survécu envers et contre tous, étaient juste bons pour les goujats dans la nouvelle France, l’ancienne Hispaniola.

L’œuvre picturale n’était que la peinture primitive et notre succulent créole, un vulgaire patois nègre, indigne de la haute société aux raffinements les plus huppés, cultivant avec un soin particulier les mièvreries de toutes sortes et devenant ainsi la risée des anciens colons.

Affreuse déception pour des millions de sœurs et frères pour lesquels Haïti pouvait représenter une espèce de phare pour l’émancipation de la race.

Jean-Jacques Dessalines s’est fait proclamer gouverneur-général à vie, puis sacrer empereur. Faustin Soulouque n’y échappera point et pourquoi pas Henry Christophe dans le nord du pays avec sa cohorte de ducs et duchesses, de comtes et comtesses; des dynasties qui dureront l’espace d’un cillement.

Alexandre Pétion sera président à vie; Jean-Pierre Boyer, son alter ego et successeur à plus d’un titre, dotera le pays de codes de lois importés textuellement de la France après, avoir accepté de payer la soi-disant dette de l’indépendance.

Duvalier, lui aussi, selon le vœu de la chambre des députés, voués entièrement à sa personne, deviendra président à vie, avec le pouvoir de choisir son successeur, ce qu’il fit d’ailleurs en la personne de son fils âgé de (19) dix-neuf ans. Papa Doc, singeant la France, créa la Cour des Comptes et du Contentieux Administratif (CSC/CA), laquelle en cinquante ans d’existence n’a rendu que trois (03) arrêts de débet et encore…

Après la fuite du dernier président à vie, la constitution de 1987 élaborée dans les conditions que l’on sait, nonobstant ses multiples faiblesses, suscitait tous les espoirs pour un nouveau départ. Hélas, elle fut violée, comme les vingt deux (22) autres qui l’ont précédée et pour cause. Un juriste fort en gueule, professeur, frappé de verbomanie n’hésita pas à accoucher, sur les ondes d’une station de radio que : la constitution a été appliquée en partie. Le ridicule ne tue pas !

Ces considérations et beaucoup d’autres qui auraient pu s’y ajouter interpellent n’importe quel observateur objectif à se demander si depuis l’accession à l’indépendance, les Haïtiens ne se seraient pas confinés à faire semblant, se constituant ainsi leurs propres ennemis, les premiers artisans de leurs malheurs, en dehors des catastrophes naturelles dont plus s’évertuent à en tirer profit, au détriment des véritables victimes.

Il n’est pas question de prétendre que l’histoire d’Haïti n’est qu’une suite d’accidents plus ou moins fâcheux, comme semblait me le reprocher mon illustre cousin, il n’y a pas si longtemps. En effet il y a eu des efforts plus que louables, d’énormes sacrifices ont été consentis par de nombreux compatriotes, mais force est de constater qu’en dépit de tout, le pays est en faillite et continuer de faire semblant que nous n’en sommes pas les premiers responsables, c’est simplement afficher le comportement de l’autruche.

Le chômage affecte soixante dix pour cent (70%) de la population, la création d’emplois devrait être la priorité des priorités, mais personne n’en parle. Le (FHS) Fonds Haïtien de Solidarité, solution simple et combien pratique pour faire face à cette situation infra-humaine demeure l’objet du plus triste complot, celui du silence!

Les jeunes cerveaux formés au pays se retrouvent pour la plupart dans les pays industrialisés et ne sont d’aucun apport pour la terre natale.

La Justice, les droits humains sont méprisés, foulés aux pieds, les tribunaux ressemblent plus à des boites de Pandore qu’à des temples de Thémis. Ce qui confirment les propos du célèbre Ibrahima Ama Diémé du Sénégal, éminent professeur d’histoire et de géographie : « Les institutions sont ce qu’elles sont et elles valent ce que valent les femmes et les hommes qui les animent ».

La compétence et l’intégrité semblent être des virus à extirper coûte que coûte du corps social. La culture est devenue une denrée de pacotille et personne ne s’en émeut. Á défaut d’une élite nationale, les éléments d’élite sont dispersés à travers la planète.

Et comme le tribunal de l’histoire ne dispose pas de force coercitive, si rien n’est entrepris de manière efficace et efficiente, dans les plus brefs délais, pour qu’Haïti renaisse de ses cendres, il constatera avec désolation que cette « merveilleuse épopée » de la première république nègre, n’aura été qu’un triste et interminable bluff.

                                 Me. Serge H. Moïse, av.

Partager/Share this

Une Réponse à « Le Grand Bluff », par Serge H. Moise

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.