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Le coin de l’histoire, par Charles Dupuy : La cathédrale du Cap-Haïtien

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Ce texte est un condensé du livre de J. B. Villehardouin Leconte L’église du Cap de 1680 à 1942 publié lors de l’inauguration de la cathédrale restaurée sous la présidence d’Élie Lescot, cent ans après sa destruction par le séisme de 1842. 

La cathédrale du Cap, le plus important édifice de la ville et l’un des plus beaux de la république, occupe le même emplacement depuis la fondation de la paroisse du Bas-Cap en 1680. Selon un procès-verbal datant de 7 mai 1688 et dont Moreau de Saint-Méry a reproduit quelques extraits : «l’église paroissiale dédiée à l’Assomption du Bon-Secours [est] construite de méchants bois de palmiste et tout prêt de tomber, couverte de feuilles sans être lambrissées, […] dépourvue de toutes choses nécessaires.»

         Vers l’an 1700, les paroissiens n‘en voulurent plus d’église en bois mais une en maçonnerie. Le gouverneur, Monsieur le comte d’Arguian, posa la première pierre du nouvel édifice le 28 mars 1715. Des emprunts furent contractés pour la réussite de l’œuvre et les travaux commencèrent sur la conduite de sieur Cabot, entrepreneur. Cette première église, un édifice qui n’accusait aucun style, fut bénie le 22 décembre 1718 et consacrée sous le vocable de l’Assomption de la Sainte Vierge.

         Bientôt, on remarqua que l’édifice manquait de solidité et menaçait de s’écrouler… ce qui détermina les administrateurs à établir une loterie à l’effet de recueillir les fonds pour les réparations à y effectuer. Finalement, c’est une tout autre église en maçonnerie que l’on décida de construire et c’est le gouverneur, M. de Vaudreuil, qui, le 28 mars 1748, en posa la première pierre.

          Les travaux allaient durer quinze ans. Des commandes de pierres de taille ainsi que le granit pour les assises furent faites à Nantes. Hélas, le 5 octobre 1771, tout ce qui avait été construit pendant 23 ans avec tant de labeur et coûté tant de sacrifices s’écroula. Effondrement dont la cause fut le manque de proportion de la bâtisse dira un contemporain mais dont le tremblement de terre qu’il y a eu la veille en fut la cause déterminante.

         La bâtisse était à refaire. Cette fois elle devait l’être suivant les plans et sous la conduite de l’ingénieur du Roi, M. Rabier. La paroisse vota des taxes nouvelles pour la construction de sa septième église. Elle fut achevée après trois ans. La première messe chantée fut un service funèbre à l’occasion de la mort de Louis Quinze, le 26 juillet 1774. Selon la description que nous en fait Moreau de Saint-Méry, la façade construite selon les plans de l’ingénieur Rabier est composée de deux ordres, le premier Dorique, et le second Ionique. La porte principale est décorée de quatre colonnes accouplées, deux de chaque côté encastré dans le mur jusqu’au quart de leur diamètre, couronnée d’un fronton triangulaire dans lequel sont sculptées les armes de la France. Au-dessus des deux petites portes sont des niches où sont placées deux statues de pierre, représentant les deux premiers apôtres de grandeur un peu plus que naturelle.

         C’est dans cette église que, le 22 novembre 1791, fut chanté le Te Deum en action de grâces en présence des commissaires Roume, Mirbeck et Saint-Léger, envoyés par l’Assemblée nationale française et c’est dans la même église que furent installés le 20 septembre 1792 de manière solennelle, dans une séance publique où tous les corps furent réunis, les nouveaux commissaires Polverel et Sonthonax envoyés par la Convention.

         Le 21 juin 1793, lors de l’échauffourée entre ces  commissaires civils et le général Galbaud, une moitié de l’église disparut dans les flammes qui dévorèrent la ville du Cap presque tout entière.

         Toussaint Louverture, devenu gouverneur général en 1797, fit relever le toit détruit par ces deux incendies allumés l’un par le feu du ciel, l’autre par la main des hommes. Restauration probablement faite par l’ancien ingénieur du roi, M. Montfayon, que Toussaint Louverture attacha à sa personne et dont il utilisa les services pour les travaux d’embellissement de la colonie.

         On se disposait à bénir l’église lorsque l’incendie du 5 février 1802, juste à l’arrivée de l’escadre française sous les ordres de Leclerc, détruisit la charpente et consuma tout ce qui était en bois dans l’enceinte.

         C’est dans cette église à demi détruite que se réunira la cour de Christophe en novembre 1814 pour assister au Te Deum où, seul sur un banc, fut exposé effaré Franco de Medina aux regards de la foule, comme un nocturne surpris par la lumière du jour.

         Pendant tout son règne, Christophe n’entreprit rien pour la reconstruction de l’église où il assistait chaque dimanche, avec sa cour, au Saint Sacrifice de la Messe. Cette situation dura jusqu’en 1840 année où s’achevèrent les travaux de restauration dirigés par un architecte français, M. Besse.

         Le samedi 7 mai 1842, l’Église fut renversée avec la ville entière par le tremblement de terre qui eut lieu ce jour, vers cinq heures de l’après-midi. Parmi les témoins de cet événement, qui en ont écrit des relations, on ne compte que le pasteur anglican Bird et Demesvar Delorme, âgé alors de 11 ans et dont le petit neveu, Jean Lambert, a publié les Mémoires. Les dégâts étaient tels qu’une reconstruction s’imposait, qui allait être la huitième.

         Plusieurs années passèrent sans progrès significatifs sur le chantier. La guerre civile de 1865 arrêta les travaux. Pendant le siège du Cap en cette année, le navire de guerre anglais, le Bulldog vint le 23 octobre bombarder la ville; son premier boulet, selon les contemporains, frappa l’église et écorna la moulure inférieure de la fenêtre orientale du transept.

         En 1871, les députés du Cap Alfred Box et Saint-Martin Dupuy demandèrent à la Chambre de s’intéresser plus particulièrement en faveur de l’église paroissiale qui était, en son genre, le plus bel édifice de la République. Devant les réticences de l’État haïtien dont les caisses étaient quasiment vides à payer les entrepreneurs, le sénateur Th. Dupuy s’engagea à honorer, sur sa fortune personnelle, les deux versements, d’après les termes du contrat, à remettre à l’entrepreneur américain, M. Clément. Celui-ci lança les travaux de reconstruction le 26 décembre 1877. En 1881, sur l’initiative du président Salomon, la Chambre des représentants adopta un crédit de 10.000 piastres pour l’édification de la cathédrale du Cap, mais tous ces travaux de réfection qui auront duré tout près d’un siècle n’auront donné que très peu de résultats effectifs.

         La cathédrale ne sera finalement restaurée que sous la présidence d’Élie Lescot en 1942. La somme de cent mille gourdes employée avec une «austère probité» aura suffit à rebâtir un des plus beaux monuments du pays. Lescot se rendit au Cap pour assister à l’inauguration de l’édifice. Ses amis lui rappelèrent alors comment, sur le chemin de l’école, ils l’avaient vu lancer une pierre dans les ruines de la cathédrale en criant: «quand je serai président, je te rebâtirai!». On peut dire qu’il a tenu parole. À son retour d’exil en 1956, Lescot alla visiter le monument. C’est là que nous l’avons vu, moi et mes camarades, debout sur le parvis de la cathédrale. C’était vers midi à la sortie des classes. Il était tout de blanc vêtu, entouré d’amis et regardait d’un oeil triste et morne la place d’Armes de la ville où il avait grandi. 

Charles Dupuy

coindelhistoire@gmail.com (514) 862-7185

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