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Pendant tout le XIXème siècle, la petite république d’Haïti aura été régulièrement rançonnée par les puissances coloniales d’Europe qui toutes viendront pointer leurs canons sur la ville de Port-au-Prince et exigeront du gouvernement le paiement de lourdes indemnités à leurs ressortissants lesquels se prétendaient victimes de pertes matérielles causées par les troubles révolutionnaires. Tout le monde se souvient de l’arrogante visite du commandant allemand Batch ou de la célèbre affaire Lüders mais on ne parle pas souvent sinon jamais de la scandaleuse affaire des frères Peters.
Cette confrontation diplomatique eut lieu en 1914. C’était sous le gouvernement d’Oreste Zamor et elle entraîna la démission du ministre des Relations extérieures d’alors, M. Jacques-Nicolas Léger. Voici l’affaire. Les frères Peters exploitaient une scierie située sur l’habitation Gloire, sur les rives du lac Azuei. Un peu avant la chute d’Antoine Simon, le 22 juillet 1911, leur établissement avait été rasé par un incendie. Les Peters se tournèrent alors tout naturellement vers l’État haïtien et lui réclameront des dédommagements exemplaires pour les pertes occasionnées, à ce qu’ils prétendaient, par la guerre révolutionnaire. L’enquête révéla néanmoins qu’aucun combat ne s’était déroulé dans la région à la date mentionnée et que c’étaient plutôt des malfrats et autres incendiaires soudoyés par les frères Peters eux-mêmes qui avaient allumé le feu. Cette sordide affaire d’incendie criminel aurait pu en rester là, mais les frères Peters avaient des relations très étendues et ils entendaient jouer de leur influence afin de profiter le plus largement possible de la faiblesse de l’État haïtien en ces temps d’incertitude et de tourmentes insurrectionnelles.
Les frères Peters ne demandaient pas moins de trois cent mille dollars pour leurs installations industrielles ravagées par l’élément destructeur et une astreinte de deux cents dollars par jour pour le manque à gagner. À la demande de M. Gerlach, consul d’Autriche, le gouvernement ordonna la tenue d’une nouvelle enquête qui, sans surprise, confirma les conclusions de la première. L’enquêteur haïtien, M. Charles Dupuy, prit le temps qu’il fallait pour faire comprendre aux frères Peters que l’État haïtien ne pouvait tenir compte de leur réclamation, leur scierie n’ayant jamais plus valu d’ailleurs que trente mille dollars, et qu’en aucune façon, l’État haïtien ne saurait être tenu responsable d’un sinistre qu’ils avaient bien intentionnellement et très malicieusement provoqué afin d’en tirer avantage.
Devant les intimidations de la Légation allemande, le Conseil des ministres soumit l’affaire à un comité d’arbitrage composé de MM. Gerlach, Langendonck et Dupuy (*). En 1913, les deux arbitres étrangers condamnaient Haïti à payer 125 mille dollars au frères Peters. Aussitôt informé de cette décision jugée tout à fait inique prise par un comité composé en majorité de diplomates étrangers, le sénat déclara la sentence nulle et non avenue et réclama la démission immédiate du ministre Léger lequel se plia à la volonté des sénateurs.
(1) Charles Dupuy, le représentant du gouvernement haïtien dans la ténébreuse affaire des frères Peters et dont on voit ici la photo est un arrière grand-oncle de l’auteur de ces lignes.
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Charles Dupuy
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